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DIALOGUE DE KHARTOUM ET NOUVELLES MENACES DU FPRC SUR BAMBARI ET BIRAO

C’est hier jeudi 24 janvier 2019 qu’a eu lieu l’ouverture officielle du dialogue entre le gouvernement et les groupes armés centrafricains à Khartoum, capitale de la République arabe islamique et démocratique du Soudan, en présence de plusieurs observateurs centrafricains et internationaux. La cérémonie d’ouverture a lieu le soir à 17h sous la conduite du panel des facilitateurs de l’Union africaine.
Au moment où nous mettons sous presse, nous ne sommes pas encore en possession de l’agenda consensuel des 14 groupes armés représentés et les officiels centrafricains. Mais une chose est sûre selon les premières gentilles indiscrétions qui nous sont parvenues: les groupes armés sont allés avec de nouvelles revendications en plus de la centaine qu’ils avaient déjà présentées l’année passée aux facilitateurs.
Aussi, les mêmes indiscrétions indiquent que les Russes se seraient entendus avec les groupes armés pour faire en sorte qu’il y ait une entente entre eux pour l’exploitation des diamants et or dans la Haute-Kotto, le Bamingui-Bangoran, la Nana-Gribizi, l’Ouham, l’Ouham-Pendé, la Nana-Mambéré, la Mambéré-Kadéï, la Ouaka, la Basse-Kotto, le Mbomou, pour ne citer que ces préfectures.
Mais juste au moment où se tient le dialogue de Khartoum, on apprend que le chef d’état-major du FPRC, le nommé Abdoulaye Hissène Ramadan, qui n’a pas pu faire le déplacement de Khartoum, a proféré des graves menaces hier contre la Minusca à Birao et la région de la Ouaka.
Quelles sont les nouvelles revendications des groupes armés, les arrangements entre les Russes et les groupes armés ainsi que les nouvelles menaces du FPRC dont nous parlions tantôt?
Les nouvelles revendications des groupes armés
Selon les gentilles indiscrétions, les groupes armés (ex séléka et anti-balaka) se seraient entendus pour poser comme préalables, sinon s’accrocheraient à trois revendications NON NEGOCIABLES, à savoir:
1-l’amnistie;
2-le partage du pouvoir avec en prime le poste de Premier ministre;
3-la libération des combattants et chefs de groupes armés condamnés ou transférés à la CPI notamment Yékatom et Ngaïssona pour les anti-balaka.
Tous les groupes armés se seraient par ailleurs entendus avec les Russes pour qu’une forte régionalisation (autonomisation des régions) à leur profit soit rapidement créée, par la mise en place effective des régions (politique de régionalisation et de décentralisation), avec la nomination des chefs de régions appelés GOUVERNEURS issus exclusivement des régions dominées par les groupes armés, lesquels gouverneurs par ailleurs sont désignés par les groupes armés et entérinés par décret présidentiel.
Ainsi donc et selon les revendications des groupes armés, les régions de l’ouest avec le chef-lieu de Bouar, la nouvelle région de l’Ouham-Pendé avec chef-lieu Bozoum, la nouvelle région de l’Ouham avec chef-lieu Bossangoa, la région du sud-est avec chef-lieu Bangassou, celle du centre-est avec chef-lieu Bambari, celle du centre-nord avec Kaga-Bandoro comme chef-lieu, la région du nord-est avec chef-lieu Ndélé, devraient avoir comme gouverneurs les hommes proches des groupes armés et proposés par lesdits groupes armés.
Les groupes armés voudraient également obtenir le principe de partage égal du nombre de places pour les recrutements dans les forces de défense et de sécurité (FDS) et 30% pour le recrutement dans la Fonction publique civile.
Une autre source indique que les groupes armés tiendraient obtenir:
1-L’amnistie pour tous les combattants, chefs militaires, politiques et tous les soutiens à leurs mouvements, ainsi que l’amnistie pour les anciens chefs d’Etat François Bozizé Yangouvonda et Michel Djotodia Am-Nondroko.
2-Les postes de Premier ministre, les ministères de la Défense nationale, de la Sécurité publique, des Finances, des Affaires étrangères, de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur, des Travaux publics, des Mines et de l’énergie, du Commerce, «pendant 10 ans» (sic).
3-Les postes d’Ambassadeur, Consul et Conseiller Economique et Financier dans les pays arabes ou islamiques, ou à dominante musulmane, tels que le Maroc, la Libye, le Koweït, l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Sénégal, ainsi que dans les pays stratégiques comme l’Afrique du Sud, le Cameroun, le Congo, la Chine, la Côte d’Ivoire… Ils veulent aussi les postes de préfet dans les régions de l‘est, du nord, du nord-est et du centre de la RCA.
Quels sont les arrangements entre les groupes armés et les Russes?
Plusieurs sources proches des ex-séléka indiquent qu’il y aurait une entente secrète entre les Russes et les groupes armés qui contrôlent les vastes régions minières et pétrolières de l’est à l’ouest, en passant par le centre et le nord. D’après cette entente, les Russes vont installer des grandes sociétés d’exploitation industrielle dans les régions qu’ils veulent exploiter, et la protection et leur sécurité par les sociétés russes de sécurité privée. Toutefois, les agents de sécurité seront recrutés prioritairement parmi les combattants des groupes armés qui ne peuvent ou ne veulent pas entrer dans les forces de défense et de sécurité de l’Etat.
Les Russes auraient déclaré être prêts à acheminer sur Bangui tous les techniciens et matériels nécessaires pour les activités d’exploitation industrielle. Ils se seraient par ailleurs engagés à désenclaver les voies d’accès (routes et ponts) dans les régions de Ndélé, Birao, Obo, Bangassou, Ngaoundaye, Paoua, etc. Mais cette entente entre les Russes et les groupes armés a déjà commencé à Bambari, Birao, Ndélé, où les populations ont vu à plusieurs reprises les soldats russes monter sur les taxi-motos des groupes armés ex-séléka qui les conduisent dans les zones minières, comme à Ndassima (Bambari).
Toujours selon nos sources, les Russes auraient promis aux groupes armés leur soutien pour une forte régionalisation qui ferait en sorte que les richesses qui seront exploitées profitent en priorité et à plus de 50% à ces régions exploitées. On comprend dès lors pourquoi les Russes n’étaient pas entrés vite ou avec force aux côtés des forces de défense et de sécurité centrafricaines et de la Minusca pendant les combats de Bambari les 9 et 10 janvier dernier.
Les nouvelles menaces du FPRC sur Birao et Bambari
Ces menaces sont proférées essentiellement par Abdoulaye Hissène, ancien chef d‘état-major du FPRC de Nourreddine Adam, et vice-président du Conseil national de défense et de sécurité (CNDS), l’organe politique de direction du FPRC. Il y a de cela deux semaines, Abdoulaye Hissène s’est permis d’emporter les médicaments, les appareils et matériels d’examens biologiques et d’analyses médicales de l’hôpital préfectoral de Birao dont le personnel a subi toutes les menaces et toutes les humiliations du monde. Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait mis la vie de cette population en danger.
Comme si cela ne suffisait pas, il a lancé la semaine dernière un ultimatum pour que tous les fonctionnaires et agents de l’Etat en service à Ndélé quittent « sa région », faute de quoi il allait les abattre ou les chasser purement et simplement comme des malpropres et indésirables. Heureusement qu’il ne pouvait pas mettre en exécution son plan à cause de la désapprobation populaire que cela a suscité à Ndelé, à Birao et à Bria, et aussi dans d’autres localités contrôlées par les groupes armés ex-séléka.
Abdoulaye Hissène semble ignorer que parmi les fonctionnaires et agents de l’Etat en service dans la région nord-est, il y a aussi ses propres parents, les ressortissants de la dite région, voire ses propres beaux-parents.
Comme si cela ne suffisait toujours pas et en plein jour d’ouverture du dialogue de Khartoum ce jeudi 24 janvier 2019, Abdoulaye Hissène s’est rendu à Birao dans la matinée avec des hommes lourdement armés pour provoquer le contingent zambien de la Minusca. Plusieurs sources locales concordantes et dignes de foi rapportent qu’Abdoulaye Hissène a menacé hier les soldats du contingent qu’il a pointés avec les armes de guerre, après leur avoir montré tout l’arsenal de guerre dont il disposait à Birao et qu’il se promenait avec. Il aurait lancé aux forces de la Minusca la menace suivante: si les forces de la Minusca ne quittent pas Bambari, et si les fonctionnaires et agents de l’Etat ne quittent pas Birao et Ndélé, ils vont regretter d’être nés.
Voilà donc présenté le contexte politico-sécuritaire dans lequel se tient le dialogue de Khartoum. A propos du dialogue, une source proche du dossier a déclaré sous couvert de l’anonymat: «Tout a été déjà verrouillé. Les groupes armés savent ce qui les attend à Khartoum et ce qui leur sera tendu: c’est à prendre ou c’est à laisser. Après la carotte, ce ne pourrait être que le tour du bâton. Et ce sera tant pis pour tous ceux qui auraient cherché le bâton» (sic).
Wait and see.
Mesmin Madidé-Aladila
Source: MEDIAS+ N°2068 du Vendredi 25 Janvier 2019

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