Select your Top Menu from wp menus

CENTRAFRIQUE : COUP DE PROJECTEUR POUR COMPRENDRE LES ENJEUX DE LA RÉSOLUTION 2448 (2018) DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE L’ONU

Sur initiative de la France, le conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni le 13 décembre 2018 à New-york. La situation de la République centrafricaine était inscrite à l’ordre du jour de la 8422 ème séance du conseil de sécurité.

Il s’agissait en effet de renouveler le mandat de la Mission multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation de la République centrafricaine (Minusca) pour une année supplémentaire c’est à dire jusqu’au 15 novembre 2019 et cela après un report technique d’un mois. Suite à de houleuses et âpres discussions en commission, la résolution 2448 (2018) a été votée par treize (13) voix favorables, zéro (0) voix contre et les nouveaux prédateurs d’Afrique c’est à dire la fédération de Russie et la Chine se sont abstenus.

La résolution par définition est une décision prise par une assemblée et revêt une valeur juridique contraignante. Cette résolution s’inscrit dans la suite logique de l’article 25 de la charte des Nations Unies qui dispose : « les membres de l’organisation conviennent d’accepter et d’appliquer les décisions du conseil de sécurité conformément à la présente charte ». En plus de la traditionnelle et robuste mission de la Minusca c’est à dire la résolution 2448 (2018) parrainée par la France renforce de façon considérable la mission de la Minusca en adjoignant dans l’intérêt du peuple trois (3) missions principales.

D’abord, la résolution fait la priorité à la protection de la population civile sous menaces physiques « sans préjudice de la responsabilité principale des autorités centrafricaines » en prenant des mesures actives pour participer, écarter et répondre efficacement à toutes menaces graves ou crédibles à l’encontre de la population civile. Ensuite, la Minusca doit élargir son appui au processus de paix y compris la réconciliation, la cohésion nationale, la justice transitionnelle en renforçant son rôle dans le processus de paix initié par l’Union Africaine (UA). Enfin, la Minusca doit assurer la mise en place de « conditions de sûreté favorables à l’acheminement immédiat et sécurisé de l’aide humanitaire ».

Il est également important de rappeler qu’à cela s’ajoute la protection du personnel et de biens des nations unies. Par ailleurs, la résolution autorise l’extension rapide de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national à travers le déploiement des forces de sécurité intérieure via un appui logistique. La résolution 2448 ainsi présentée provoque et réveille la curiosité du citoyen lambda qui s’interroge : Le renforcement du mandat de la Minusca tel que défini mettra t-il fin à la longue et éternelle crise centrafricaine ? Ce nouveau mandat qualifié par les observateurs de « robuste » constituera t-il un gage d’espoir pour le renouveau centrafricain ? Le manque de consensus lors du vote de la résolution que regrettent bons nombres de participants fragilisera t-il la Minusca et sa légitimité ? Pourquoi le report technique d’un mois pour le renouvellement du mandat n’a pas permis d’aplanir les divergences ? La guerre des égos devenue visible entre les grandes puissances affectera t-elle le processus de paix ? Par ailleurs, lors des travaux en commission, pourquoi aucun volet sensé préparer le lit de la levée de l’embargo n’a été évoqué alors que les autorités centrafricaines s’égosillaient à réclamer la levée de l’embargo ? Pensez-vous que la résolution 2448 répondra t-elle favorablement aux attentes des centrafricains sans la levée de l’embargo ? Un simple appui logistique de la Minusca aux autorités centrafricaines suffira t-il pour atténuer la douleur d’un peuple meurtri ? S’agit-il d’une volonté expresse de la communauté internationale de laisser pourrir la situation en Centrafrique ? Si tel est le cas, à qui profite le crime ? Face à l’entêtement des groupes armés non conventionnels qui ne parlent que le langage de la violence, pourquoi le conseil de sécurité de l’ONU n’a pas modifié le mandat de la Minusca en « imposant la paix » au lieu du « maintien de la paix » qui a montré toutes ses limites ?

Logiquement, seuls les intérêts centrafricains devraient guider les décisions du conseil de sécurité de l’ONU mais on constate dans les faits que les conflits entre les puissances étrangères accompagnés des actions ambiguës de quelques unes relèguent les intérêts centrafricains au second plan et influencent le fonctionnement du conseil de sécurité de l’ONU. En outre, il est important de rappeler à qui veut entendre que la Centrafrique est devenue un terreau fertile pour les réseaux extrémistes avec des trafics d’armes et de ressources naturelles de tout genre. Ainsi, l’heure n’est plus à la compétition ou à la jalousie des puissances étrangères car tous sont venus pour aider un peuple aux abois.

En conséquence de ce qui précède, la résolution 2448 doit être claire, limpide et exempt de toute équivoque. Ceci étant, comment peut-on venir à bout des groupes armés quand le préambule de la résolution 2448 rappelle l’impartialité de la Minusca qui ne peut se battre qu’en cas de légitime défense ou de défense de mandat ? Ce même préambule réaffirme en contraste qu’il appartient aux autorités centrafricaines de protéger la population de toute attaque et de créer les conditions nécessaires d’un retour de la paix, de la réconciliation et de la cohésion nationale.

Pour finir, le but ou l’enjeu pédagogique de cet exercice est de clarifier, de rendre non équivoque la compréhension du citoyen lambda sur la résolution 2448 (2018) du conseil de sécurité de l’ONU afin de juger au mieux les missions de la Minusca et parallèlement les responsabilités qui reviennent de droit aux autorités centrafricaines. Il est évident que le scénario de sortie de crise tel que présenté, matérialisé par le vote de la résolution 2448 ne semble ni convaincre ni inquiéter les groupes armés non conventionnels en vue d’une franche coopération en faveur d’une paix et d’un développement durable. Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.

Paris le 21 décembre 2018
Bernard SELEMBY DOUDOU
Juriste, Administrateur des élections.
Tel : 0666830062.

Related posts

Laisser un commentaire