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M. Ngrébada, de quelle solidarité nationale parlez – vous ?

Depuis la reprise des hostilités et la recrudescence des violences inouïes et aveugles tant à l’intérieur du pays que dans la capitale, les princes du royaume de la Touadérakistan semblent tellement inspirés qu’ils ont commencé à parler en des langues étrangères et mieux à utiliser des mots et des concepts qui n’étaient pas dans leur dictionnaire.

C’est ainsi que, selon des informations de sources dignes de foi, la plupart d’entre eux et notamment le tout puissant directeur de cabinet à la présidence de la République et ministre d’état, en la personne de Firmin Ngrébada, qui peut faire taire ou retirer le droit de parler à n’importe qui, qui décide autoritairement de tout  et même de qui à lui donner la parole en public, recourent régulièrement ces derniers temps à l’emploi des mots tels que solidarité nationale, sursaut patriotique et patriotisme.

De nouveaux vocabulaires qui étonnent et qui font interroger leurs interlocuteurs du moment dans les restaurants et les lieux de divertissement les plus huppés de Bangui. De nouveaux concepts qui font dire politiquement aux uns et aux autres que leurs hôtes commencent à  descendre du septième ciel où ils étaient et à se comporter comme  des hommes, faillibles, puants et mortels, c’est – à – dire des hommes tirés de la poussière et qui retourneront un jour à la poussière.

De légitimes interrogations, pour la simple raison qu’au lendemain de l’accession, à la magistrature suprême de l’Etat, du candidat des pauvres qu’était le candidat indépendant Faustin Archange Touadéra, au nom de la solidarité nationale, de la réconciliation nationale, du vivre- ensemble et de la cohésion sociale, toutes les forces vives de la nation sans exclusive, y compris tous les groupes armés, avaient décidé de créer spontanément  une union sacrée autour de lui et de son régime. Pour tourner l’une des pages les plus sombres de notre histoire et lui donner la chance d’écrire l’une des plus belles. L’illustration la plus parfaite de ce sursaut patriotique de toute l’histoire de la République centrafricaine autour d’un homme nouvellement élu, restera dans les annales  la participation de tous à la fameuse  table ronde de Bruxelles de novembre 2017 et toutes les promesses financières obtenues.

Fort malheureusement, cet élan national, nationaliste et républicain, d’une part, et la volonté de tous les fils et de toutes les filles de ce pays de taire leurs divergences et de mettre ensemble toutes leurs pulsions et énergies positives au service d’un homme et de son régime, et au-delà pour le compte du pays, d’autre part, vont voler subitement en éclats et finir plus de deux (2) années plus tard de gouvernance par conduire le peuple centrafricain dans une situation politique, institutionnelle, sécuritaire et socio – économiques des plus désastreuses de toute l’histoire de la République centrafricaine.

Cette situation se présente  indéniablement aujourd’hui comme  la conséquence d’une politique de fourberie, d’exclusion et de clanisme astucieusement conçue et savamment entretenue par le régime en place dont l’éminence grise serait Firmin Ngrébada, l’ancien étudiant de feu Marcel Météfara, dans le seul but de jouir du pouvoir et de tous ses avantages et de décourager toutes les bonnes volontés. Et comme si l’élection était devenue un chèque à blanc, la classe dirigeante ne cesse de gérer  la République comme une propriété privée, refuse tout débat démocratique et contradictoire et rejette même les conseils de certains partenaires internationaux, régionaux et sous – régionaux.

Tout naturellement, les conséquences de cette maladie d’autisme, de cette folie du pouvoir pour le pouvoir et  de ce qui ressemble étrangement à une gestion amateuriste des affaires de la cité ne peuvent qu’être catastrophiques pour le pays : plus de 85% du territoire national sous occupation et contrôle des groupes armés, inexistence de l’administration civile et militaire dans la plupart de nos provinces, des milliers de centrafricains obligés de vivre sur des sites des déplacés ou à l’extérieur de leur pays dans des conditions de précarité, économie sous perfusion de la communauté internationale, corruption généralisée, mal – gouvernance administrative et financière, multiples affaires de détournements des deniers publics, impunité, prédations au plus haut sommet de l’Etat, affaire de biens mal acquis dénoncée par l’ONG Transparency International, délitement de l’Etat et risques de partition du pays, etc.

Alors, M. Firmin Ngrébada, le tout puissant directeur de cabinet et ministre d’état, à qui la faute ? Êtes-vous sincère quand vous recourez, dans vos échanges et propos avec vos amis, parents et connaissances, à ces vocables de solidarité nationale, de sursaut patriotique et de patriotisme ? Ne vous y recourez pas tout simplement pour défendre vos petits intérêts matériels, charnels, terrestres et mortels ? Peut – on parler de solidarité nationale lorsque toutes les intelligences et la majorité des sans – voix sont exclues sans raison de votre gestion, marginalisées, opprimées et jetées à la rue ? Pouvez – vous parler de solidarité nationale, après ce qui s’est passé à Alindao où des populations civiles ont été massacrées, abandonnées par les pouvoirs publics et livrées à la merci des mercenaires ? A qui ou à quoi faut – il attribuer la tragique situation dans laquelle se débat vainement  aujourd’hui la République centrafricaine dans les domaines politique, institutionnel, sécuritaire, économique et socio – humanitaire ? Quelles en sont les causes ? Qui doit en être tenu pour responsable ? C’est ce qu’il convient de se demander.

Paul Valery a dit : «  Nous sommes aveugles, impuissants, tout armés de connaissances et chargés de pouvoirs dans un monde que nous avons équipé et organisé, et dont nous redoutons à présent la complexité inextricable. »

Dans un discours à des étudiants, un écrivain bien connu a déclaré : « La civilisation dans laquelle nous vivons se désagrège très rapidement. (……….)   Le monde, tel que nous le connaissons, s’effondre visiblement…….Comme au temps de Noé, lorsque vint le déluge, nous devons construire une arche au milieu de l’étendue de ruines qui nous entoure. »

Sombres présages qui nous font frémir ! Que faire face à l’entrée dans cette danse macabre de la toute puissante Eglise Catholique Centrafricaine, suivie par l’opposition démocratique, et tous les ambassadeurs et représentants des organisations internationales, accrédités en République centrafricaine !  Horrible dénouement d’un drame depuis longtemps commencé !

Mais à qui la faute ?

Jean – Paul Naïba

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