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Beckergate : des oligarques incompétents et cupides au pouvoir

« La liberté, que nous avons tant de fois recherchée, erre à l’aventure (…..). Je voudrais que mon pays ne l’eût jamais connue ; depuis le jour où Romulus aperçut des vautours sur la gauche et fonda ses murailles (…..), jusqu’à la catastrophe de Pharsale, Rome, tu aurais été esclave (….) Parmi les peuples qui supportent des rois, notre sort est le pire : être esclave nous fait honte. »

L’aversion de Lucain, de son vrai nom Annaeus Lucannus, né à Cordoue en 39 et contraint au suicide par Néron en 65, poète précocement surdoué, pour la monarchie impériale qui a commandé sa vision de la guerre civile de Pharsale, doit aujourd’hui inspirer tous les centrafricains devant la honte qui s’abat sur la République, au lendemain de l’éclatement de Beckergate.

Beckergate, de quoi s’agit- il  exactement ? C’est cette affaire de nomination de Boris Becker, ancienne star allemande de tennis, au poste de chargé des affaires sportives, culturelles et humanitaires de la République centrafricaine près l’UE et de la mise à sa disposition d’un passeport diplomatique, lui conférant une immunité diplomatique. Problème : la gestion de son après-carrière a viré au cauchemar au point qu’un tribunal londonien l’a déclaré en faillite en juin 2017. La demande de mise en faillite avait été faite par les banquiers privés Arbuthnot Latham & Co, et concernait une dette due par Becker depuis 2015.

Menacé donc par une procédure de mise en faillite personnelle, l’homme évoque son statut de diplomate et de l’immunité dont il jouit par la détention d’un passeport diplomatique centrafricain, pour se soustraire des filets de la justice.  « La décision de lancer une procédure de mise en faillite à mon encontre est totalement injustifiée. Tout ceci me porte tort financièrement, professionnellement et touche également mes proches. J’ai fait la demande de l’immunité diplomatique comme j’en ai le droit afin de mettre un terme à cette farce. Et une fois que tout sera terminé, ce sera à mon tour de réclamer des dommages et intérêts. Je poursuivrai les personnes qui ont initié cette procédure et les obligerait à assumer publiquement leur responsabilité », a déclaré Boris Becker à l’équipe Tennis de NEWS ACTU.

Devant cette procédure, le juge de la haute cour chargée de statuer sur cette affaire, après avoir lu une lettre révélant que le mis en cause est détenteur d’un passeport diplomatique dont le délai d’expiration est prévu en 2023, a décidé de la suspension de la séance pour plus d’informations exactes.

 Problème : alors que l’ambassadeur de la République centrafricaine près le Royaume de Belgique et &  confirme que le mis en cause dont l’image était affichée dans le hall de l’ambassade mais qui a mystérieusement disparu depuis lors, est bel et bien membre de son personnel et détenteur de ce document, son chef hiérarchique le plus immédiat, le ministre des affaires étrangères, Charles Armel Doubane, dément formellement avoir signé et délivré un tel passeport.

Une cacophonie au sommet de l’Etat qui passe mal dans l’opinion nationale et internationale qui ne comprend pas comment les deux personnalités sus – nommées puissent avoir clairement affiché sur la place publique internationale  une telle discordance sur ce même dossier, alors que leurs relations sont tout simplement celles d’un supérieur entre un subordonné ; ce qui signifie que l’ambassadeur Dédé, tenu par le respect du principe de la hiérarchie, ne pouvait pas jouir de sa liberté à la parole sur ce dossier, sans avoir préalablement sollicité et obtenu l’accord de son ministre. Or, tel n’a pas été le cas fort malheureusement, et ce, dans un domaine hautement stratégique et réservé, celui de la diplomatie, c’est – à- dire celui de la gestion de l’honneur, de la dignité et de l’image de la République centrafricaine et du peuple centrafricain tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que ce département est communément appelé domaine de souveraineté, car lié à la personne du président de la République, élu dans toute démocratie comme la nôtre par le peuple détenteur du pouvoir de la souveraineté. Un titre qui lui confère du coup le statut de garant de la République, conformément aux dispositions constitutionnelles.

De ce qui précède, cette différence de point de vue sur cette affaire de délivrance ou non d’un passeport diplomatique, propriété exclusive du peuple centrafricain et l’un des attributs fondamentaux de la souveraineté nationale, à un sujet étranger qui, de surcroît n’ a jamais mis pied en République centrafricaine, non seulement gène tout naturellement, dérange et fait inquiéter des centrafricains encore lucides et dignes, de l’incompétence et de la non- maîtrise de la technicité dont viennent d’en faire la démonstration, en l’espèce, le ministre des affaires étrangères et son ambassadeur, mais surtout lève un coin de voile ou fait tout simplement éclater au grand jour leur goût immodéré pour la cupidité, en usant de leurs pouvoirs et de leurs fonctions publiques  pour assouvir des intérêts personnels, égoïstes et catégorielles, dans le dos de la République et du peuple centrafricain. C’est ce qui est ressorti de la déclaration de l’ambassadeur Dédé, en ces termes : 

« Je confirme qu’il a un passeport diplomatique. Je confirme aussi qu’il a été recruté à ses frais puisque nous n’avons pas d’argent pour le payer pour être notre mobilisant pour les moyens sportifs, des équipements sociaux et tout ce qui est du domaine humanitaire, rattaché ici à l’ambassade [en Belgique] pour aider à soutenir la RCA dans sa phase de sortie de crise qui prévaut actuellement après la guerre civile chez nous« , explique-t-il au micro de la DW. Et l’ambassadeur d’expliquer la mission de Boris Becker : « Vous savez que c’est un sportif de très haut niveau, avec un grande aura, qui est encore très investi dans le monde. Nous comptons sur lui pour rentrer dans le milieu des hommes d’affaires, pour récolter des moyens financiers et atteindre l’objectif que nous lui avons assigné dans son mandat », explique-t-il, tout en précisant que la RCA « ne s’occupe pas de ses affaires privées« .

Les mots signifient ce qu’ils signifient. Et à la lecture de cette déclaration qui contredit celle de son chef hiérarchique, le plus immédiat, l’intérêt du peuple centrafricain qu’il est censé défendre ne se trouve nulle part ; ce qui signifie que les moyens de l’Etat et les symboles de la République ont été savamment utilisés pour rechercher et obtenir des intérêts privés, en violant même les procédures légales régulières, puisqu’à l’arrivée le document serait un vrai faux passeport. Un vrai faux passeport délivré à un sujet étranger qui ne paie pas ses impôts, et qui est poursuivi par la justice pour l’aider et le couvrir dans ses faussetés vis- à – vis du fisc de son pays, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.

Quelle image donnons –nous par cet acte vis – à – vis de son pays et de la communauté internationale ? Quelle image donnons – nous par cet acte de nous – mêmes ? Qui a signé et délivré ce vrai faux document ? Et dans quels intérêts ? En vertu de son pouvoir discrétionnaire, Touadéra ne pouvait –il pas ordonner et obtenir de manière régulière la délivrance de ce passeport ? Qui a fait  présenter ce Boris Becker au président Touadéra ? Quel rôle joue exactement la direction générale du protocole d’Etat, dans les rendez – vous du président ? Un rôle figuratif ?  Comment le président de la République peut – il rencontrer si facilement  n’importe qui, serrer les mains des escrocs, faire des selfies avec des saltimbanques et leur donner des passeports diplomatiques, propriété exclusive du peuple centrafricain ?

Les réponses à toutes ces questions sont simples : la République centrafricaine et le peuple centrafricain sont  gérés tout   simplement par des oligarques incompétents et cupides au pouvoir. Comme l’ a toujours dit Norbert Toïna.

Affaire à suivre…. !

Jean – Paul Naïba

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