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Afrique : An4 de l’assassinat de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon : Saura-t-on jamais la vérité ?

2 novembre 2013-2 novembre 2017. Cela fait 4 ans jour pour jour que nos deux ex-confrères de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, ont été assassinés par des hommes armés en plein centre de Kidal.  Quatre ans après le drame qui a heurté et continue de heurter la conscience universelle, l’on peut faire le constat qu’aucun pas significatif n’a été posé par la Justice française, allant dans le sens de la manifestation de la vérité. Mieux, l’on peut avoir  l’impression que le dossier s’enfonce davantage dans les dunes de sable du désert de Kidal au point que l’on peut se poser la question suivante : saura-t-on jamais la vérité ? L’on peut en douter. Et pour cause. D’abord, parce que certains de ceux qui ont trempé leurs mains dans le rapt des deux journalistes, ont depuis lors été, comme on le dit dans le jargon militaire, « neutralisés ». En français accessible, on dira simplement qu’ils ont été tués dans des opérations conduites par l’armée française.

Derrière la façade du djihadisme, se cache très souvent un business

Un des commanditaires le plus emblématique qui a fait les frais de cette opération commando, est Abdoulkrim Al-Targui. Sa mort, ou si vous voulez sa neutralisation, pour parler comme les militaires, a été portée à la connaissance du public en mai 2015 par le ministère français de la Défense. C’était sous le magistère de François Hollande. La deuxième raison qui pourrait d’ailleurs être la principale, est que les autorités françaises, à l’époque des faits, ont donné l’impression de tourner le  dos à une judiciarisation de l’affaire, même si elles s’en sont toujours défendues. A l’appui de cette hypothèse, l’on peut évoquer deux éléments. Le premier est que les autorités françaises ont vite fait de classer tous les documents liés à l’affaire sous le sceau du secret défense. L’autre élément est qu’après la déclassification de ces documents, sous la pression de l’opinion, Paris s’est arrangé, selon Reporters sans frontières (RSF), à les rendre « en partie inexploitables ». Et ce gros pavé jeté  dans la mare par RSF, vient apporter de l’eau au moulin de tous ceux qui établissent un lien entre la libération des quatre derniers otages d’Areva et Vinci par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), le 29 octobre 2013, et le rapt puis l’assassinat des deux journalistes de RFI, quatre jours plus tard. Pour les tenants de cette thèse, le doute n’est pas permis. A l’origine de ce double meurtre, se trouve une affaire de rançon qui n’aurait pas été versée intégralement à Aqmi. Les assassins de Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont donc agi par vengeance. Et au rythme où vont les choses, et sans en être à 100% certain, l’on peut se risquer à accorder du crédit à cette thèse. Car, en matière de versement de rançon aux mouvements terroristes à l’effet d’obtenir la libération d’otages, tous les Etats pratiquement ont toujours fait dans le flou artistique. Par moments, et c’est très rare pour être souligné, certains ont le courage et l’honnêteté de reconnaître qu’ils ont dû cracher au bassinet pour sauver  la vie de leurs ressortissants. En tous les cas, l’on peut comprendre l’omerta d’Etat qui entoure la question des rançons. En effet, les deux options, c’est-à-dire payer la rançon ou refuser de le faire, présentent chacune des risques. Le risque lié au fait de cracher au bassinet des barbus et de leurs intermédiaires, c’est que par là, l’on contribue à alimenter les finances des terroristes et par voie de fait, à augmenter leurs capacités de nuisance. Refuser de payer la rançon également n’est pas sans conséquence. Car, cela  reviendrait à garantir aux otages une mort certaine. Et dans ce cas de figure, les Etats s’exposent à la clameur de leur opinion publique. Les Etats, visiblement, sont face à un véritable dilemme. Mais à l’analyse, l’on peut se rendre bien compte que la politique de paiement de rançon est contreproductive. L’on prend non seulement le risque de nourrir la bête immonde, mais aussi celui de susciter et d’encourager des vocations. Cela est d’autant plus probable que bien des  gens qui sont attirés par le terrorisme, le sont justement parce que cette activité satanique nourrit son homme. En vérité, derrière la façade du djihadisme, se cache très souvent un business. De ce point de vue, les nations civilisées gagneraient à ne pas faire le jeu des terroristes en leur versant des rançons.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont devenus un symbole

Cela dit, et pour revenir à l’assassinat des 2 journalistes de RFI, l’Etat français avec à sa tête, Emmanuel Macron, a l’obligation morale et politique d’aider à la  manifestation de la vérité. Il doit le faire d’abord pour les proches des deux journalistes, afin qu’ils puissent enfin faire leur deuil. Il doit le faire ensuite pour la grande famille des journalistes de par le monde, pour qu’ils sachent comment et pourquoi leurs collègues ont été massacrés. Il doit le faire enfin  pour l’ensemble des hommes et des femmes épris de paix, de justice et de vérité, et qui savent de ce fait que sans l’œuvre des journalistes,  le visage du monde serait plus hideux. C’est à l’aune de cela que l’on saura que Emmanuel Macron n’est pas un président comme ceux qui l’ont précédé. Car, tous se sont très souvent barricadés dernière le secret d’Etat, pour étouffer la vérité dans bien des affaires emblématiques de la République. Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont devenus un symbole, celui de l’impérieuse nécessité de mettre fin à l’impunité qui entoure l’assassinat des journalistes dans le cadre de leur travail. C’est pourquoi l’ONU (Organisation des Nations unies) a été bien inspirée de consacrer une journée à la lutte pour y mettre fin. C’est, de toute évidence, un hommage rendu à Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Par là, ils sont donc entrés dans l’histoire. Au-delà de ce drame, se pose aussi la nécessité, pour la communauté internationale, de se pencher véritablement sur le  cas de l’ensemble du Sahel. Car, depuis 2013, date à laquelle les 2 journalistes de RFI ont été tués, le terrorisme, dans cette partie de l’Afrique, ne cesse de prendre du galon au point que si rien n’est fait, tous les pays qui la composent courent le risque d’être purement et simplement rayés de la carte du monde.

« Le Pays »

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