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Nation : « Je suis inquiet pour la suite parce que Touadéra reste plongé dans l’amateurisme », dixit Anicet Georges Dologuélé

La situation de la RCA s’est d’avantage dégradée en une année de règne de Faustin Archange Touadéra, c’est l’avis de Anicet Georges Dologuelé qui estime que la situation est pire que sous l’ère de Michel Djotodia, chef de l’ex-Séléka. Le chef de l’opposition centrafricain, président de l’URCA dresse un bilan sombre de la première année de la présidence de Touadéra qu’il accuse de rester dans l’amateurisme. Dans une interview accordée au RJDH le 1er avril, Anicet Georges Dologuelé se dit inquiet pour la suite.

RJDH : Anicet Georges Dologuele, bonjour

AGD : Bonjour

RJDH : Vous êtes président de l’URCA, chef de l’opposition. Faustin Archange Touadéra a qualifié d’excellent le bilan de sa première année de pouvoir. Comment réagissez-vous ?

AGD : Nous sommes quelques cinq millions dans ce pays apparemment il y en a pas beaucoup qui partagent le même point de vue que le président de la République. Alors que Touadéra fait de l’autosatisfaction, les Centrafricains souffrent. Dans tous les domaines, les choses se sont dégradées. On aurait pu s’attendre à un peu plus de modestie de la part du chef d’Etat.

RJDH : Vous dites que le président fait de l’autosatisfaction alors qu’en une année, la RCA a repris la croissance économique, 50 km de route sont faits sur fond propre de l’Etat, les déplacés ont été accompagnés à domicile. N’est pas des actes à reconnaitre au pouvoir ?

AGD : vous savez les problèmes de la République Centrafricaine sont tels que mettre en avant les 50km de route de revêtement léger de bitume qui sont l’œuvre d’un ministre qui a beaucoup d’initiative et je le félicite, n’est pas responsable.

RJDH : Voulez-vous parler de quel ministre ?

AGD : De Théodore Joussot. Je pense qu’un de ses ministres ait eu cette initiative qui est à louer, ne veut pas dire que c’est le bilan de tout une année de travail. Les institutions constatent qu’après le fait qu’il y a eu moins de violence à Bangui, comme la plupart des choses convergent vers Bangui, du coup, cela impulse un peu plus de croissance. Mais vous et moi vivons en Centrafrique, nous ne percevons pas du tout une quelconque croissance dans tout ce qui se passe dans la vie quotidienne des Centrafricains. Moi, je suis économiste, le fait qu’il y ait une impulsion automatique due à l’importation un peu plus massive des biens, parce que les importateurs et les commerçants sont un peu plus rassurés par la route, c’est quelque chose de mécanique. Mais s’en vanter, c’est un peu prématuré. Il faut que cela s’étend dans la durée et sur les activités telles que l’agriculture, que les entreprises fonctionnent parce que pour le moment, il n’y a pas assez d’entreprises qui fonctionnent réellement. Elles font toutes des pertes. Il faut qu’il y ait un peu plus de travail et c’est tout cela qui impulse la croissance de longue durée.

RJDH : Pour vous, rien n’a évolué en une année.

AGD : Ce que j’apprécie, c’est quelque chose que j’ai prévu dans mon programme comme étant un programme d’urgence à faire financer par la communauté internationale. Ceci a vu le jour en fin novembre par la conférence de Bruxelles avec l’annonce de 2,2 milliards de dollars même si les pays qui nous ont suivis, ont réussi le double sinon le triple. Mais s’agissant de la RCA et ce que nous avons l’habitude de dépenser, c’est beaucoup d’argent annoncé.

Maintenant, il faut que le gouvernement s’organise pour que cet argent rentre. Vous avez vu que tout en étant chef de l’opposition, je me suis rendu à Bruxelles pour appuyer cette initiative. Vous savez, on ne fait pas de la politique pour devenir opposant. A mon âge, j’ai envie de bien vivre à Bangui où je vis désormais. J’aimerai me soigner à Bangui, envoyer mes enfants à l’école à Bangui, donc nous voulons tous que ça marche. En une année, je suis inquiet pour le pays parce que Touadéra reste plongé dans l’amateurisme, dans l’autosatisfaction. Ce que je constate c’est des maux que généralement un pouvoir met du temps à accumuler, c’est-à-dire le culte de personnalité à travers les affiches du président visibles un partout dans le pays. A la moindre petite occasion, ce sont les tee-sheert, des foulards à l’effigie du président, comme si on était en campagne. Vous avez vu qu’en quelque mois, c’est des pagnes alors qu’on nous annonçait en grand fracas que le président interdisait que son effigie soit quelque part. Aujourd’hui c’est comme si, il cherche à convaincre qu’il est chef d’Etat et vous notez, vous êtes à Bangui avec moi, que c’est la course à l’enrichissement, c’est du népotisme à outrance, tous les maux pour qu’un pays se dégrade, en un an, on les a accumulés. On ne peut pas parler de la bonne gouvernance quand on a détruit la gouvernance en si peu de temps.

La première année d’un mandat, c’est la mise en place des éléments moraux pour assurer la gouvernance. Mais tous ces éléments moraux se sont dégradés et moi je suis inquiet pour la suite.

RJDH : Vous ne faites pas allusion au DDRR. C’est certainement parce que de ce coté les choses bouchent puisque les 14 groupes ont adhéré au processus.

AGD : Non, nous sommes des êtres humains et nous vivons dans un pays et nous avons besoin de vivre en sécurité. Avant et pendant les élections, nous avons vécu dans une relative sécurité. Depuis l’investiture du président, la situation s’est dégradée partout. Les préfectures qui étaient tranquilles, sont aujourd’hui envahies. Les populations souffrent presqu’autant que sous Djotodia.

Alors parlé des réunions ici sur le DDR, c’est bien mais ce n’est pas ce que la population demande. La population demande à ce qu’il y ait moins d’insécurité, moins de violence et que ces groupes commencent à s’organiser pour ne plus agresser la population.

RJDH : Ce n’est pas à Faustin Archange Touadera d’organiser les groupes armés.

AGD : Non, le chef de l’Etat quand il parle d’adhésion au DDRR, c’est comme si c’était une victoire. Cela veut dire que les choses se sont calmées. Ecoutez, ce que nous voulons, c’est que l’adhésion soit réelle et sincère et que pendant que le DDRR avance, qu’ils soient attentifs à cela et qu’ils s’organisent pour démobiliser. Au lieu de cela, ils s’arment de plus et recrutent de plus en plus. Donc, le DDRR servirait à quoi lorsqu’au lieu de diminuer vos effectifs, ils les augmenter au fur et à mesure. Vous avez vu que les 3R sont nés après l’investiture du président, personne ne connaissait Sidiki et ses hommes et ils n’ont jamais été des Séléka.

Mais ils viennent à Bangui, ils repartent et ils créent un groupe armé, politico-militaire en plus. Donc, il ne faut pas se contenter de slogan, ce sont des actes sur le terrain qui sont importants.

RJDH : Au micro de nos confrères de RFI, vous avez parlé de la désorganisation de l’équipe Touadera, une équipe dans laquelle l’URCA est représentée, n’est pas que vous partagez cette situation ?

AGD : Nous n’avons jamais été au gouvernement.

RJDH : Et Monsieur Bertrand Touaboy !

AGD : Bertrand Touaboy n’a jamais été URCA. Il est militant du PDCA et comme son président n’était pas candidat aux élections présidentielles, il a rejoint mon équipe de campagne.

RJDH : Il est au gouvernement pas pour le compte de l’URCA ?

AGD : Non, il est au gouvernement parce qu’il m’a accompagné pendant la campagne et j’ai perdu les élections. Je n’ai pas les moyens pour le récompenser pour ses actions-là. Donc lorsqu’on nous a demandé de proposer des ministres, j’ai préféré que l’URCA ne fasse pas partie du gouvernement et je lai envoyé.

RJDH : Vous n’aviez pas alors été sincère.

AGD : J’ai été très sincère au contraire. En réalité je ne voulais pas et nous ne voulons pas que l’URCA rentre dans le gouvernement. Nous avons désigné quelqu’un qui n’est pas de l’URCA mais qui a fait partie de l’équipe de campagne.

RJDH : L’union sacrée que vous aviez dénoncée il y a six mois semble définitivement morte aujourd’hui.

AGD : Je n’ai pas dénoncé l’union sacrée, mais j’ai simplement constaté qu’il a toujours été un slogan. L’union sacrée c’est quoi ? C’est l’opposition et la majorité qui se mettent ensemble autour d’une cause. Pour le moment, vous constatez que l’opposition c’est uniquement l’URCA. La majorité c’est le président et tous ses alliés et ils sont nombreux.

L’union sacrée, c’est faire à ce que tout un chacun d’entre nous participe à la pacification du pays et aux questions qui touchent la réconciliation nationale. Il faut mettre sur papier les conditions de cette union sacrée et ensuite se partager les rôles.

En dehors du fait que le président soit venu me rencontrer pour solliciter cela, il n’y a plus rien eu jusqu’aujourd’hui. Au bout d’un an, il n’y a rien eu et en quelque mois j’ai constaté que c’est un slogan pour paralyser l’URCA. Vous avez constaté qu’en bout d’un an, le président a paralysé tous ses alliés en les recevant un à un et en leur faisant de petites promesses. Il n’a jamais reçu l’ensemble de ses alliés pour discuter de la politique qu’ils doivent mettre en place. Donc, c’est de la ruse, en politique la ruse existe.

J’avais déjà fait de la politique et je ne veux pas subir cette ruse-là. Et quand j’ai constaté que nous risquons d’être victime de cette ruse, avec le bureau politique on a décidé de nous mettre dans la position où plaçaient les résultats des élections.

RJDH : Les informations sur des bras de fer entre la tête de l’Assemblée nationale et l’exécutif sont de plus en pressantes. Comment se fait-il qu’on ne soit arrivé à ce niveau ?

AGD : J’avais déjà annoncé cela plusieurs fois. Il faut un séminaire gouvernemental pour que le gouvernement comprenne ce qu’est une Assemblée nationale. Quel est le rôle de l’exécutif et du législatif. Moi, j’ai été ministre des Finances et premier ministre à un moment où l’Assemblée nationale n’était constituée que de très-très fortes personnalités. Vous aviez Goumba, Massi,Ngoupandé mais ce n’était pas une partie de plaisir si vous allez devant l’Assemblée nationale. Il faut connaitre votre dossier. Mais cela vous poussait à de l’humilité. Mais aujourd’hui ce que je constate, c’est que les ministres ont reçu des instructions manifestement pour faire comme si les députés n’existaient pas. Quand ils viennent, ils sont méprisants, vous leur posez des questions, ils répondent quand ils veulent mais je crois qu’ils ont reçu des instructions pour ne pas répondre. Tout cela fait que la vie démocratique n’est pas riche parce que les gens pensent qu’on en veut à leur poste. Non ! Quand le député pose des questions, c’est ce que dit la population que les députés retranscrivent pour que les ministres puissent répondre comme c’est radiodiffusé. Quand j’étais premier ministre, toutes les deux semaines, un ministre passait en conférence de presse et expliquait l’action de son ministère. Les journalistes savaient au quotidien ce que font les ministres du gouvernement.

Vous avez vu un ministre faire une conférence de presse ou donner une interview comme je donne là non ! Comme on ne sait pas ce qu’ils font, ce n’est qu’à l’interpellation que les questions sur la sécurité, l’économie sont posées et les Centrafricains veulent savoir. Et donc les questions que nous pensons, nous les posons avec les mots de la population. Cela peut paraitre choquant, mais la politique est un métier tel qu’il faut savoir encaisser, il faut savoir voir le fond des questions qu’on pose pour bien répondre. Je note qu’il n’y a pas de dialogue.

Vous savez que pour des raisons que j’ignore, le gouvernement a décidé que depuis trois mois, qu’aucun centime ne vienne à l’Assemblée nationale. Donc l’Assemblée nationale ne fonctionne pas. Nous sommes en session ordinaire, nous devons voter des lois et c’est le gouvernement qui nous envoie ces lois mais il n’y a plus de papier et il n’y a plus rien et nous ne pouvons faire des rapports pour appeler les ministres et passer à la plénière. Parce qu’ils ont décidé d’affamer l’Assemblée nationale en disant : ceux-là, ils vont voir ce qu’ils vont voir, on va les mettre à genoux. C’est cela la République et la démocratie ? S’il y a des problèmes personnels entre deux individus à la tête de deux institutions, cela ne doit pas arrêter le fonctionnement des institutions.

RJDH : Vous confirmez qu’il y a problème entre Meckassoua et de Touadera !

AGD : oui, c’est des problèmes d’entente, de compétition je ne sais pas de quoi, mais ce n’est pas anormal. Tout cela se règle. Nous ne serons pas le premier pays mais les institutions doivent fonctionner. Au niveau du gouvernement, ils donnent l’impression d’être des dieux sur terre et on ne peut les critiquer.

RJDH : Anicet Georges Dologuélé je vous remercie.

AGD : C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis par Sylvestre Romain Sokambi.

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