En Centrafrique, les Occidentaux peuvent-ils encore affaiblir Wagner ?

 

En Centrafrique, les Occidentaux peuvent-ils encore affaiblir Wagner ?

Les partenaires occidentaux de la RCA, France et États-Unis en tête, tentent de renouer avec Bangui. Objectif : marginaliser les Russes de l’ex- groupe Wagner.

Dans les rues de Bangui, les mercenaires du groupe Wagner sont de moins en moins visibles. Ces hommes encagoulés, que l’on croisait régulièrement dans les bars et commerces de la capitale de la Centrafrique, se font très discrets, en dehors de ceux qui patientent devant les boutiques du centre-ville, tenues par des Libanais.

Les activités du groupe sont concentrées à la Maison russe, qui, non loin de l’ambassade de Russie, est tenue par Dmitri Sytyi, l’un des membres historiques de Wagner. Le logo à tête de mort a été remplacé par celui, moins agressif, de « iW9 ». Entre-temps aussi, les Occidentaux ont haussé le ton. Depuis quelques semaines, en effet, la France s’efforce de revenir dans le jeu. Les deux visites du président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, à Paris (septembre 2023 et avril 2024), au cours desquelles il a été reçu par Emmanuel Macron, ont tenu leurs promesses.

Paris a annoncé le dégel de son aide financière, et la représentation diplomatique française à Bangui multiplie les gestes d’apaisement. Au début de mai 2024, Bruno Foucher, l’ambassadeur de France, s’est rendu dans la ville de Pissa, à plus de 60 km de la capitale, pour donner le coup d’envoi à des travaux de construction de logements destinés aux forces de sécurité de la région.

Paris et l’UE sur la même ligne

L’ambassade de France a, aussi, financé, en juin, le projet « Accès à la justice pour tous » (22 millions de F CFA) ou encore appelé ouvertement l’opposition centrafricaine à renoncer à ses menaces de boycott et à participer aux élections locales d’octobre prochain.
Bruno Foucher a même annoncé que « la France s’efforçait activement de mobiliser le soutien financier de l’Union européenne » afin que le scrutin se déroule dans les meilleures conditions.

Sous la houlette de Douglas Carpenter, qui dirige sa représentation à Bangui, l’UE est elle aussi parvenue à stabiliser ses relations avec les autorités centrafricaines. Le Belgo -Britannique, qui, selon nos informations, est très apprécié au palais présidentiel, a plaidé pour que l’UE finance les élections d’octobre. À la mi-mai, les Vingt-Sept avaient déjà octroyé une enveloppe de 2 millions d’euros (1,3 milliard de francs CFA) pour la mise à jour des fichiers électoraux.

Bangui avait alors fait part de sa satisfaction, même si, pour organiser les scrutins municipaux, l’Autorité nationale des élections doit mobiliser au total plus de 10 milliards de F CFA. Sous la bannière européenne, plusieurs actions, que Bruxelles avait suspendues par
manque de financement, ont également repris.

À l’évidence, l’UE refait de la Centrafrique une priorité. Depuis quelques semaines, plusieurs fonctionnaires d’Eucap-Sahel, la mission civile européenne au Niger (qui a été expulsée par les nouvelles autorités de Niamey), débarquent en Centrafrique, au sein
des missions EUAM RCA et EUTM RCA.

Kigali, allié idéal de Washington ?

Les Américains multiplient eux aussi les gestes de bonne volonté. Ils misent sur les volets sociaux et culturels, ainsi que sur le financement de projets de développement, avec, comme Paris, la volonté clairement affichée de détacher Bangui de Moscou.

Pour y parvenir, le Rwanda paraît l’allié idéal. Kigali pourrait en effet faire pression sur plusieurs ministres russophiles, à commencer par Claude-Rameaux Bireau (Défense) et Pascal Bida Koyagbélé (Grands Travaux). Ces deux personnalités influentes – le second est très proche de Touadéra – ont facilité l’installation à Bangui d’entreprises et d’hommes d’affaires rwandais.

Les Rwandais en ont profité pour implanter dans la capitale leur système de surveillance et de renseignement, pour le plus grand bonheur des Américains. Devenues indispensables au sein du dispositif de sécurité du chef de l’État, les Forces spéciales rwandaises sont intégrées à la garde rapprochée de Faustin-Archange Touadéra et de ses épouses. Elles assurent la surveillance des résidences privées du président à Bangui et à Damara, où les
hommes de Wagner sont moins présents.

Sur le plan politique, Paul Kagame – devenu, selon un conseiller à la présidence centrafricaine, un « ami précieux » de Touadéra –suggère régulièrement à son pair de se tourner vers Washington. Un remaniement gouvernemental est attendu en Centrafrique. Plusieurs ministres pro-russes savent que leur poste serait menacé dans l’éventualité où Bangui voudrait envoyer un message conciliant aux Occidentaux.

Les anciens de Wagner ne s’avouent pas pour autant vaincus, et jouent la carte de la mobilisation populaire. Depuis quelques jours, des organisations financées par Wagner organisent des manifestations, à Bangui ou en province. Elles ciblent spécifiquement
les États-Unis. Parmi les organisateurs, Didacien Kossimatchi et Euloge Koï Doctrouvré, qui, par le passé, avaient appelé à des mouvements de protestation violents et lancé des diatribes contre des opposants ou des organisations internationales.

JA

Lu Pour Vous

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