Deby en France: Macron, qu’avez-vous fait de la démocratie?

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Mahamat Déby (à droite) et Emmanuel Macron

«Je suis pour une transition pacifique, démocratique, inclusive, je ne suis pas pour un plan de succession». Les mots sont clairs, incisifs et sans aucune ambiguïté possible. En les prononçant sur le ton martial qu’il sait manier à souhait, Emmanuel Macron entendait consolider, au profit de la France, ce statut de grande nation de la démocratie et de protectrice inoxydable des droits de l’homme. Sauf que le discours était une mise au point, qui sonne comme un rappel à l’ordre paternel. Quatre jours plus tôt, soit le 23 avril dernier, lors des obsèques du président tchadien, le Maréchal Idriss Deby Itno, tenant presque dans ses bras, le fils Mahamat Deby Itno, général de l’armée de son pays, le président français, avalisait bien un passage de témoin dynastique du pouvoir.

Là aussi, les mots avaient été sans équivoque. Florilège: «La France ne laissera jamais personne, ni aujourd’hui, ni demain, remettre en cause la stabilité et l’intégrité du Tchad». Ce lundi, en recevant dans un palais de l’Elysée presque cloisonné, le fils de l’autre qu’il a adoubé sans autre forme de procès, quel est le type de discours que Macron lui a tenu?

Au nom de la lutte contre le terrorisme dans laquelle son père excellait, le président du Conseil militaire de transition (CMT), a-t-il eu droit à des encouragements et des promesses fermes de la part de son hôte, pour tenir bon contre les velléités de son opposition et de la société civile tchadienne qui continuent de dénoncer la transmission du pouvoir de père en fils, les doigts des généraux sur la gâchette? Ou le maître des céans lui a-t-il réitéré, avec fermeté, sa volonté d’une transition n’excédant pas 18 mois, avec à la clé des élections transparentes et ouvertes? C’est le tarif classique exigé des putschistes par la communauté internationale, notamment la France, quand elle prend pour paravent la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et l’Union Africaine (UA)?

Ces institutions savent si bien brandir les sanctions contre les militaires! Tout comme elles sont expertes dans l’art de devenir aphones et atones, quand c’est un des leurs, c’est-à-dire un membre du syndicat des chefs de l’Etat, qui s’ouvre la présidence à vie par le jeu antidémocratique des mandats sans limite. En tout cas, le nouvel homme fort de N’Djamena dont le pays est président en exercice du G5 Sahel, sera certainement chouchouté par Emmanuel Macron qui essaie, du reste, de reprendre pied ferme chez le voisin centrafricain qui est en train de tomber dans les bras du rival russe, Vladimir Poutine.

Paris ne se permettra pas non plus de laisser sauter le verrou tchadien, après que la France de Nicolas Sarkozy a explosé la Lybie, transformant ce pays, pratiquement en zone de non-droit où se pratiquent la traite humaine et les trafics de toutes sortes. Le pays de Mouammar Khadafi, le «Guide» libyen de son vivant, est même devenu une poudrière à ciel ouvert, où les armes lourdes se négocient en toute tranquillité. Le général Mahamat Deby Itno, sauf tsunami, bénéficiera encore pour longtemps, du parapluie bleu-blanc-rouge, tant qu’il ne devient pas quelque peu incontrôlable comme l’était souvent son père, surtout au crépuscule de sa tumultueuse existence de «président guerrier». De plus, tout se passe au moment où Emmanuel Macron a mis dans le jeu, le départ de la force Barkhane prévu pour bientôt.

En tout cas, la France veillera sur le Tchad, comme du lait sur le feu et prendra soin de son président comme d’un chien en plâtre, tant que la lutte contre le terrorisme appellera l’union de toutes les forces. Les intérêts économiques et géo-stratégiques eux sont les plus importants dans ce jeu, mais sont rarement mis en avant! Il faut bien que les uns et les autres se donnent bonne conscience pendant que le peuple est massacré par les hommes armés toujours non identifiés!

Par Wakat Séra

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