
UN PAYS SOUS LA COUPE RÉGLÉE DES RWANDAIS
De la République centrafricaine, mon beau pays natal tant aimé devenu le marchepied des mafieux de tout acabit, ne nous parviennent plus que la liste des dérives imputables à la
fois à ceux qui ont la prétention de gouverner et les représentants de la communauté internationale, les responsables de la Mission des Nations unies ( Minusca) en tête.
Pour révoltantes que sont ces dérives, elles constituent néanmoins des appels à la rescousse d’un peuple en grand danger. Et lorsque le jour sera venu, il n’y a pas qu’à cet homme au ventre proéminent lui dégoulinant sur les genoux et aux fesses bien fournies qu’on demandera des comptes mais aussi à ceux qui, sous le respectable prétexte d’aider notre peuple, l’exploitent pour leur compte personnel. Car, peut-on aussi ouvertement, et sans une espace de scrupule, mettre ainsi tout un pays sous coupe réglée? Pourquoi le Rwanda de Paul Kagame a ainsi inscrit le nom de la République centrafricaine dans son tableau des pays à piller absolument?
Pour tout dire, je le soupçonnais il y a bien longtemps, mais je viens d’avoir la confirmation: le mari de la Représentante du Secrétaire général des Nations unies en Centrafrique et chef de la Minusca, un proche parmi les proches du dictateur de Kigali, émarge comme conseiller spécial de celui qui a usurpé la fonction présidentielle dans mon pays (et que je refuse obstinément de prononcer son nom). D’après mes sources, celui-ci, quand il est à Bangui, occupe l’ancien bureau dévolu aux Premiers ministres centrafricains, au cinquième étage de l’immeuble Petroca. Il y est en ce moment.
On sait que l’époux de dame Valentine Rugwabiza est un riche homme d’affaires, qui a fait fortune dans l’agroalimentaire. On comprend maintenant pourquoi cette dernière déborde d’activisme pour apporter un soutien indéfectible au pouvoir de Bangui. A preuve, un leader politique de l’opposition centrafricaine, qui s’est récemment entretenu avec elle, a eu l’impression de parler avec une militante du MCU, le désormais parti-Etat.
Il faut croire que son mari ne vient pas à Bangui que pour des visites familiales, mais surtout pour prendre toute sa part dans l’exploitation des ressources naturelles du pays. C’est un mélange des genres ahurissant. C’est aussi le sens qu’il faut donner à l’attribution par le régime aux Rwandais des milliers d’hectares de terres agricoles.
Il est évident que la communauté internationale porte l’entière responsabilité de cette dérive. Le Secrétaire général de l’ONU ne pourra pas dire qu’il ne savait pas. Lui, qui, en toute connaissance de cause, a nommé la citoyenne rwandaise à ce poste. Antonio Guterres savait pertinemment que le Rwanda, en plus de contribuer à l’effectif des troupes de la Minusca, a déployé ses soldats pour protéger l’homme qui prétend être le chef de l’État centrafricain. Ce, au terme d’un accord de coopération dont on ignore les clauses. Il ne pouvait pas ignorer que le mari de sa Représentante est un homme d’affaires proches des réseaux de Kagame et que la tentation d’abuser de la position de son épouse ne pouvait que lui traverser l’esprit.
Question: Madame Rugwabiza est-elle crédible lorsqu’elle ouvre une procédure disciplinaire contre Arsene Gbaguidi ( le monsieur élection de la Minusca) parce que celui-ci joue les conseillers occultes du pseudo-président et partage l’intimité de la vice-présidente du Conseil constitutionnel?
Même si la République centrafricaine est un pays de tous les paradoxes et des raccords négatifs comme le disait Maître Zarambaud, d’affectueuse mémoire, la décence devait l’empêcher d’y introduire son compagnon. Car un « homme ça s’empêche », disait Albert Camus en français, mais la signification est la même en Kinyarwanda, et dans toutes les langues du monde. Idem pour la signification de l’éthique morale.
Fait le 16 juillet 2024
Adrien Poussou