Centrafrique : « Surge, spera, vocat te », dixerunt Episcopi, d. 23 iunii 2024 à MBaïki

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MESSAGE DES ÉVÊQUES CATHOLIQUES DE CENTRAFRIQUE À L’ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU

AUX HOMMES ET AUX FEMMES DE BONNE VOLONTÉ

« Confiance, lève-toi, il t’appelle. »

(Mc 10, 49b)

23 juin 2024

MESSAGE DES ÉVÊQUES CATHOLIQUES DE CENTRAFRIQUE

À L’ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU, AUX HOMMES ET AUX FEMMES DE BONNE VOLONTÉ

« Confiance, lève-toi, il t’appelle. » (Mc 10, 49b)

Chers frères et sœurs dans le Christ et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté ! À vous tous, grâce, miséricorde et paix de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus Christ.

Réunis en Assemblée Plénière ordinaire de la Conférence Épiscopale Centrafricaine (CECA) à M’Baïki, nous, évêques de Centrafrique, avons longuement prié et réfléchi sur « l’engament de l’Église-Famille de Dieu en Centrafrique pour la dignité de la personne humaine à la lumière de la déclaration Dignitas Infinita ». Ce document du Dicastère pour la doctrine de la foi du 02 avril 2024 insiste sur la place centrale de l’infinie dignité de la personne humaine et met en exergue les graves violations de cette dignité. À l’issue de notre session, nous voulons vous partager les fruits de notre méditation à partir de l’épisode évangélique de la guérison de l’aveugle Bartimée dont la situation existentielle est une symbolique riche d’enseignements.

LA CÉCITÉ ET LA MENDICITÉ COMME EXPRESSION

 

D’EXCLUSION ET DE NON-DIGNITÉ

L’évangéliste Marc nous rapporte la rencontre de Jésus et de l’aveugle Bartimée à la sortie de la ville de Jéricho (Cf. Mc 10, 46-52). En ce temps-là, les villes étaient construites avec des murailles pour des raisons sécuritaires afin de se protéger d’assaillants étrangers, des bandits et des pilleurs. Toujours est-il que cette précision géographique de l’évangéliste a une forte dimension symbolique et mériterait que l’on s’y attarde davantage. Cette localisation met en évidence la situation existentielle et sociale de Bartimée. Il apparaît comme un exclu de sa famille et un marginalisé pour la société. Sa position assise exprime son statut existentiel. Il est un moins-que-rien. Il ne peut se mettre debout et parler d’égal à égal avec ses semblables.

Sa cécité est perçue de manière générale, selon la mentalité et l’explication de la maladie de ce temps-là, comme une condamnation et une punition divine suite à un grave péché personnel commis ou hérité de ses parents. Privé de vue et enfermé dans le noir le plus absolu, exclu et mis au ban de la société, condamné par la mentalité religieuse, l’aveugle de Jéricho est réduit à la mendicité pour survivre. Il implore la générosité des passants si souvent sourds et indifférents à ses supplications. On l’oblige à se taire, car ses cris de détresses et ses plaintes dérangent. On n’ose pas imaginer la honte et la frustration, la colère et la déchéance de cet aveugle.

La cécité de Bartimée qui le prive de lumière et son exclusion qui l’oblige à être assis et à mendier à la porte de la ville de Jéricho sont malheureusement encore aujourd’hui le lot de plusieurs personnes et couches sociales dans notre pays, dont la dignité est bafouée et foulée au pied. C’est le cas par exemple des personnes vivant avec des handicaps, les sourds-muets, les minorités (les pygmées), les femmes et les enfants victimes de violences et d’abus, les veuves et orphelins dépossédés et maltraités, les personnes âgées abandonnées à elles-mêmes, les personnes accusées de sorcellerie victimes de la justice populaire, les personnes exploitées dans les chantiers miniers, en particulier les enfants, etc.

Notre pays     et    certains     de    nos     concitoyens semblent malheureusement être frappés de cécité. Cette dernière se caractérise par des types de comportements d’enlisement : la promptitude à prendre les armes pour résoudre nos différends, le partage inégal des richesses nationales, le népotisme et les discriminations ethnocentriques et régionalistes, le déficit d’une conscience historique et de la culture de la mémoire. La perte du sens patriotique et celle du bien commun, le manque d’un véritable dialogue politique guidé et mû uniquement par les intérêts souverains de la nation sont autant de signes évidents de cécité. 6. De nombreuses et intéressantes recommandations des fora et dialogues nationaux, politiques et républicains devant baliser la voie au relèvement, à la justice, à la réconciliation et à la paix sont demeurées lettres mortes et constituent un catalogue de bonnes intentions sans lendemain. Tous ces comportements s’apparentent à des structures de péché qui entravent le relèvement de notre pays et nous condamnent à rester des « Bartimée » assis au bord de la route de l’histoire.

LA PUISSANCE DE LA RESILIENCE DE LA FOI

Chers frères et sœurs dans le Christ et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté ! L’histoire récente de notre pays nous a fait toucher le fond du gouffre. D’aucuns pensent que le Centrafrique ne peut plus se relever pour devenir le sujet et le protagoniste de son histoire. Une fois de plus, c’est la foi et la résilience de l’aveugle Bartimée qui viennent au secours de notre découragement. En effet, Bartimée refuse de demeurer dans sa situation. Il rejette toute fatalité. Il crie vers Jésus parce qu’il le croit capable de le faire sortir du gouffre dans lequel il se trouve. Son cri de détresse retentit en Jésus qui, contrairement à la foule, s’arrête et commande que l’on appelle le mendiant. Il y a chez Bartimée, le courage, la volonté et la détermination de sortir de sa situation. Son cri de détresse est, selon le pape François, le paradigme par excellence de « l’obstination si belle de ceux qui cherchent une grâce et qui frappent, qui frappent à la porte du cœur de Dieu »1.

Que Jésus s’arrête pour écouter le mendiant, ce geste du Maître, suffit à changer l’attitude de la foule. On assiste à la conversion de ceux qui accompagnaient Jésus. Alors qu’ils cherchaient à faire taire l’aveugle de Jéricho, à étouffer son cri, désormais ce sont eux qui l’invitent à la confiance, à la foi : « Aie confiance ! Lève-toi, il t’appelle », lui disent-ils (Mc 10, 49). Ils l’invitent à se mettre debout et à aller à la rencontre du Christ. Ils deviennent les médiateurs de la parole. Une belle image qui nous enseigne que la Parole de Dieu est créatrice et qu’elle a la puissance de transformer l’homme et tout l’homme, de le renouveler et de le remettre debout. Jésus lui-même est cette Parole salvifique de Dieu faite chair (Cf. Jn 1, 14). « Confiance, lève-toi, il t’appelle ». On devine sans peine que cette parole redonne force et courage à Bartimée. Elle résonne au plus profond de lui-même. Elle réveille la force intérieure insoupçonnée qui sommeillait en lui. Le mendiant de Jéricho, qui a retrouvé confiance en lui-même, peut alors jeter son manteau, sa seule richesse et sécurité existentielle le protégeant des intempéries, bondir et courir vers Jésus, lui qui offre une « guérison plus efficace et plus profonde que toute autre » (Africae Munus, n.149).

L’Eglise qui marche à la suite du Christ porte une parole qui redonne confiance. Elle est par excellence la médiatrice de la parole salvifique du Christ. Au cœur de notre société parfois en proie au doute et au désespoir, elle a pour mission de dire la parole qui libère, qui permet à chaque citoyen de se lever, de déployer ses potentialités et de devenir le véritable acteur de son propre relèvement et de celui des autres. Malgré les aléas et les crises militaro-politiques à répétition que notre pays a connus, en dépit des traumatismes, des profondes souffrances et des stigmates indélébiles qui jalonnent notre histoire, notre peuple a toujours su faire montre de résilience. L’Église-Famille de Dieu en Centrafrique, pour sa part, a toujours été un des leviers de cette résilience de la nation centrafricaine par son engagement pour la dignité de la personne humaine.

UNE ÉGLISE AU SERVICE DE LA DIGNITÉ HUMAINE

Chers frères et sœurs dans le Christ et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté ! « L’Église proclame l’égale dignité de tous les êtres humains, quelles que soient leur condition de vie et leurs qualité Cette proclamation repose sur une triple conviction qui, à la lumière de la foi chrétienne, confère à la dignité humaine une valeur incommensurable et en renforce les exigences intrinsèques » (Dignitas Infinita n. 17). Cette triple conviction renvoie aux mystères de la création, de l’Incarnation – Rédemption ainsi qu’à celui de la vocation de l’homme à la communion de vie avec Dieu (Cf. DI n.18-20). Fort de cette conviction, l’Église-Famille de Dieu en Centrafrique s’est toujours engagée pour la dignité de la personne humaine. Par sa mission prophétique, elle ne s’est jamais tue lorsque la dignité des filles et des fils de ce pays n’est pas respectée. Avec constance, courage et détermination, et ce, malgré les multiples persécutions et calomnies, elle n’a jamais cessé d’être la voix des sans-voix, des opprimés, des petits, des oubliés, des minorités exclues et des laissés-pour-compte.

L’Église-Famille de Dieu en Centrafrique s’engage pour la dignité des Centrafricaines et des Centrafricains pas seulement en parole, mais encore et surtout en Elle le réalise par le biais de diverses sections des conseils épiscopaux de la CECA œuvrant dans le cadre du Développement Humain Intégral (caritas, santé, justice et paix, accueil et protection des migrants) et de l’éducation. Dans cette perspective, nos Communautés Ecclésiales de Base (CEB) et paroissiales, les Mouvements, Fraternités sont invités à former et sensibiliser au sens du respect de la dignité humaine. Chaque baptisé doit être un protagoniste de la protection, de la promotion et de la garantie de la dignité humaine. Cette action au service de la dignité humaine est l’engagement de tout Centrafricain comme l’indiquent aussi la devise de notre pays (Unité – Dignité – Travail) ainsi que le principe anthropologique et humaniste de notre Président Fondateur Barthélemy Boganda prônant l’égalité de tous les citoyens (« zo kwe zo », c’est-à-dire « tout être humain est une personne »).

En outre, le respect de la dignité humaine nous ouvre à un rapport harmonieux et responsable avec les autres créatures (Cf. DI n.28). À ce titre, nous invitons à la protection et à la sauvegarde de l’Environnement et à la promotion de l’écologie intégrale afin de garantir à la génération présente et future un avenir meilleur et radieux.

L’Église-Famille de Dieu en Centrafrique est prête et disposée à travailler en collaboration avec toutes les entités et institutions qui s’engagent pour la protection, la défense et le respect de la dignité de la personne humaine et de l’Environnement.

Puisse la Bienheureuse Vierge Marie intercéder pour notre pays afin que l’infinie dignité de la personne humaine soit au cœur de nos engagements.

Donné en la Cathédrale Sainte Jeanne d’Arc de M’Baïki, le 23 juin 2024

Mgr Nestor-Désiré NONGO AZIAGBIA Évêque de Bossangoa Président de la CECA

Mgr Miroslaw GUCWA Évêque de Bouar

Mgr Bertrand Guy-Richard APPORA NGALANIBE Évêque de Bambari

Vice-Président de la CECA

Mgr Cyr-Nestor YAPAUPA Évêque d’Alindao

Dieudonné Card. NZAPALAINGA Archevêque Métropolitain de Bangui

Mgr Juan Jose AGUIRRE Évêque de Bangassou

Mgr Dennis Kofi AGBENYADZI Évêque de Berbérati

Mgr Jesús RUIZ MOLINA Évêque de M’Baïki

Mgr Aurelio GAZZERA Évêque coadjuteur de Bangassou

Mgr Serge Cyrille PANGOLA Administrateur Diocésain de Kaga-Bandoro

 

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