Centrafrique : Pourquoi un collectif budgétaire voulu hic et nunc par ce quidam de Félix Moloua ?

Pourquoi un collectif budgétaire voulu hic et nunc par ce quidam de Félix Moloua ?

Par Bertin MABOULA, Consultant spécialisé Commerce et développement – Expert en management de projets

Egalement appelé « loi de finances rectificative », le collectif budgétaire est une loi qui a pour but de modifier certaines dispositions budgétaires de l’exercice en cours, par des réallocations et/ou réaménagements de certaines lignes de crédits, tout en révisant le niveau des recettes de la même période pour garantir un équilibre parfait des comptes.

Cet exercice peut intervenir (généralement en fin d’année) en cas de changement de cap dans la politique du gouvernement afin de répondre et de faire face à des aléas, à tout évènement non prévisible ou du fait d’éléments nouveaux à inscrire au tableau des opérations financières de l’Etat.

Le 18 mars 2025, le premier monistre Félix  Moloua, chef du gouvernement, a adressé aux destinataires institutionnels, cités en marge, une note circulaire relative au projet du collectif budgétaire pour l’exercice 2025 en cours d’exécution.

Pour rappel et après avoir fait un état des lieux de l’environnement économique mondial et sous-régional, cette note a fixé comme justifications les points suivants : une augmentation des charges de personnel, essentiellement les nouvelles recrues de la fonction publique ; une hausse de prévisions des dépenses de pensions ; une révision budgétaire relative aux commissions de syndication ; le financement du processus électoral ; l’organisation et la tenue à Bangui du sommet des Chefs d’Etat de la CEMAC ; l’organisation et la tenue à Bangui du Caucus africain de la Banque mondiale et du FMI.

Dans cette note, le premier ministre reconnaît et avoue explicitement que la loi de finances 2025, votée « par acclamation » par l’assemblée nationale, le 26 décembre 2024, à plus de 90 % des voix, à près de 346 milliards de francs CFA, contre 292,77 milliards pour l’année précédente, avec des ressources propres prévues  à hauteur de 185 milliards francs CFA, contre 162,20 milliards de ressources extérieures, adoubées d’un gap d’environs 26 milliards de francs CFA introuvables à ce jour, n’était aucunement réaliste; d’où les nouvelles instructions données pour tenter de trouver une loi de finances rectificative devant permettre un « semblant » de fonctionnement à un trimestre à peine du vote de la loi.

Dès lors, on pourrait s’interroger sur les lignes budgétaires surconsommées et celles qui sont en souffrance consécutive à d’éventuels retards accusés dans leur mobilisation, sachant que le passage du budget de moyens au budget-programme n’est toujours pas d’actualité de nos jours.

Même si les hypothèses peuvent être établies sur la base des prévisions macro-économiques mondiales, elles paraissent cependant lointaines, hors-sol et d’un bla-bla inutile, compte tenu du très faible poids de la RCA en termes de contribution à l’économie mondiale, d’une part et, s’agissant du très faible niveau, quasi dérisoire, des investissements productifs prévus dans ladite loi (8,99 milliards de francs CFA seulement) et des réformes structurelles qui tardent à voir le jour, d’autre part.

Il serait plus pertinent en revanche de les rapprocher davantage des chiffres prévisionnels de la zone CEMAC, sachant que la balance commerciale est toujours largement déficitaire, du fait des exportations très opaques des minerais et du bois qui ne rapportent presque rien à l’État et une surconsommation des biens et services qui n’améliore toujours pas les recettes fiscalo-douanières, du fait des exonérations et autres niches mafieuses qui pèsent lourdement dans la balance.

Aussi, si l’on se réfère aux chiffres de la BEAC, annoncés avec fantaisie par le premier ministre Félix Moloua, la croissance projetée dans la zone serait d’environ 3,2% contre une inflation qui s’établirait à 3% en 2025. Quid alors des prévisions nationales en termes de croissance et d’inflation pour la même période, lesquelles prévisions devraient soutenir son projet de collectif budgétaire ?

Le Premier Ministre, comme à son habitude, reste silencieux et ne communique ni sur les grandes masses du budget qui vont connaitre des modifications, ni sur les nouvelles contributions à l’impôt qui seraient susceptibles de financer les nouveaux besoins évoqués, se contentant d’instruire le ministère des finances et du budget de résoudre l’hyperbole. On se rend inévitablement compte que ce premier ministre pilote son action gouvernementale à vue, d’autant plus qu’il savait, entre autres, que des recrutements de fonctionnaires étaient envisagés depuis plus d’un an auparavant, que la RCA devra un jour abriter le sommet des Chefs d’Etat de la CEMAC et que 2025 serait l’année fatale des élections groupées.

Dans l’hypothèse où la RCA connaitrait un point de croissance supplémentaire cette année (hypothèse invraisemblable et contestable économiquement dans le contexte actuel), l’inflation galopante qui demeure le véritable goulot d’étranglement absorberait mécaniquement l’embellie économique escomptée. A cela s’ajoute le manque de transformation structurelle de l’économie nationale pour créer de la plus-value et consolider une marge de manœuvre financière qui n’existe toujours pas à ce jour.

Il faut donc s’attaquer à l’inflation (la vie chère) par une politique fiscale et monétaire volontariste afin de libérer les marges de manœuvres qui seraient à la hauteur des ambitions affichées.

Les raisons évoquées par le PM pour justifier son projet de collectif budgétaire sont par conséquent loin d’atteindre les résultats escomptés car il ne s’agit encore et encore que des dépenses de fonctionnement (train de vie dispendieux de l’État et autres charges du personnel pléthorique de la fonction publique) alors qu’aucun plan d’amélioration des recettes n’est envisagé; les réformes économiques et financières à plus long terme ne sont pas envisagées au moment où ce gouvernement rêve d’entrer en phase de « développement » avec un PND stratosphériquement lunaire. Sa seule boussole reste la satisfaction du diktat des partenaires yechniques et financiers qu’il ne saurait obtenir ; qu’il s’agisse de la libéralisation du secteur de l’approvisionnement des hydrocarbures par une mise en concurrence pure et parfaite, de la  communication et publication des permis et autres contrats miniers et forestiers ainsi qu’une transparence et une reddition systématique des comptes publics.

En définitive, la mal gouvernance érigée en mode de gouvernance ainsi que l’incompétence comme matrice de politiques socioéconomiques nationales renvoient plutôt à l’homme que le président de la République a choisi de nommer à la tête du gouvernement ; cela vaut autant pour tous les occupants et prédécesseurs de Félix Moloua à la Tour PETROCA de 2016 à nos jours ; lesquels occupants n’ont réussi à trouver la catharsis salutaire susceptible de hisser la RCA au sommet de la colline aux pieds de laquelle elle s’étiole.

Les observateurs nationaux et internationaux de la vie publique centrafricaine ne s’empêchent plus de décrier ce fait majeur et central ; le rappeler ici n’est ni une attaque ad personam, ni une agression verbale ad hominem, ni une attaque contre la République car, trop souvent, les thuriféraires du régime de Bangui, loin de voir la réalité en face et d’en tirer tout enseignement pertinent possible, considèrent toute voix discordante comme étant un « ennemi de la nation » –  et, nous en sommes une depuis le 6 février 2021 où l’accès à note site est interdit en Centrafrique par un arrêté du ministre de l’économie numérique Justin Gourna Zacko –

En effet, la nation centrafricaine est et restera le seul bien que tous les centrafricains ont et auront en partage à travers les âges. De ce fait,  ce quidam de Félix Moloua devra plus prouver qu’il mérite bien d’être un premier ministre de la République, plutôt que « d’être très remonté contre les railleries des députés qualifiant son intervention de disque rayé » lors de son interpellation devant l’Assemblée nationale le 21 mars 2025.

Ce qui n’est pas du tout faux, d’ailleurs.

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